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Lou papote

Entreprenariat: comment je me suis lancée ?

Vous êtes nombreuses à me questionner quant à mon parcours professionnel. J’avais, depuis longtemps, envie de me livrer à vous en toute transparence. Voici enfin, en quelques mots, la genèse de Tiroir de Lou.

Tout à commencé quand j’avais… 6 ans. Je vendais déjà des petits bijoux dans la cour de récré. Je peignais des attaches parisiennes que je détournais en bagues. Aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours aimé fabriquer des jolies choses. Je crois que ça a toujours été ma façon de m’ancrer sur terre. Je m’envole tellement facilement dans mes pensées que j’ai toujours eu besoin de créer pour m’enraciner. J’ai fabriqué pas mal de choses, dans toutes sortes de matériaux. J’ai énormément expérimenté. Mais je revenais toujours vers les bijoux. Plus subtils, plus magiques, plus poétiques, plus féminins… Ces minis objets sacrés faisaient écho à une part de moi qui n’avait jamais vraiment osé prendre sa place sur Terre. 

Tiroir de Lou - L'Atelier
Crédit photo: Atelier Préface.

À 18 ans, j’ai choisi un cursus plutôt classique: j’ai décidé d’étudier le journalisme. Mais je n’ai pas abandonné ma créativité pour autant. J’ai continué de créer tout au long de mes études. J’ai d’ailleurs vendu mes premiers bijoux dans une boutique de mon campus universitaire. La fin de mes études m’a propulsée tout naturellement dans une carrière de journaliste. J’ai travaillé pendant 7 ans en tant que free-lance puis comme employée au sein de la rédaction d’un magazine féminin. J’ai adoré cette expérience. Je me suis éclatée tout en apprenant énormément de choses. Puis, un jour, mes valeurs les plus profondes sont venues frapper à ma porte. Le constat était clair: je ne me sentais plus alignée avec mon pourtant joli métier. La vie d’artisan m’appelait. L’envie (voire le besoin) de créer criait en moi. J’avais besoin d’un retour aux sources et d’authenticité.

« Un jour, mes valeurs les plus profondes sont venues frapper à ma porte. Le constat était clair: je ne me sentais plus alignée avec mon pourtant joli métier de journaliste. »

En parallèle de mon métier de journaliste, je créais et vendais toujours mes créations. C’était un loisir, une passion, une activité « secondaire ». Le fameux rang auquel on relègue souvent ce qui nous passionne le plus… Le syndrôme de l’ imposteur me racontait que la création de bijoux (fantaisie, à l’époque) n’était pas un « vrai métier ». De quoi j’allais avoir l’air, moi, à côté de tous les copains, de leurs promotions, de leurs voitures de société, de leurs contrats gratifiants ? Oui, je me suis surprise à avoir ce genre de pensées, moi qui, toute jeune déjà, angoissait à l’idée de passer mes journées vissée derrière un ordinateur. Je ne trouvais pas de sens dans ce monde professionnel étriqué, contraint, hiérarchisé… 

Tiroir de Lou - L'atelier
Crédit photo: Atelier Préface.

Au fil du temps, je vendais de plus en plus de bijoux. Ce qui ne ressemblait pas à un métier d’adulte s’est mis à prendre de plus en plus de place dans ma vie. Un jour, je rentrais d’une vente privée où j’avais littéralement été dévalisée, mon père m’a proposé de m’aider à en faire un « vrai » projet. J’ai commencé à croire en la possibilité d’une belle aventure professionnelle…

Je suis passée devant le notaire quelques mois plus tard, pour créer une entreprise en bonne et due forme, avec un numéro de TVA,  un compte en banque, un fond de réserve, un business plan, etc. Nous y avons investi 6000 €. C’est tout. Je n’ai plus jamais dû y injecter le moindre euro de ma poche depuis. Quand votre petit saboteur vous dit que vous n’avez pas les moyens de vous lancer, vous pouvez lui répondre que c’est du pipeau. À un détail près: j’avais la possibilité de réinvestir tout ce que les bijoux me rapportaient car, à cette époque-là, j’avais toujours mon salaire de journaliste. Me lancer en tant qu’indépendante complémentaire, avec un véritable salaire dans la poche, a été ma chance. Cela m’a énormément aidée. J’ai pu créer ma marque de bijoux sans avoir peur de devoir manger des pâtes au beurre du matin au soir. 

Autre point important: je n’avais pas d’expérience en comptabilité, et encore moins en gestion. Grâce au soutien de mon père, je n’ai pas dû m’inquiéter tout de suite pour cet aspect de l’aventure qui, soyons honnête, ne me passionnait que très peu (coucou les créatifs allergiques aux chiffres!). Mon papa et moi ne travaillons plus ensemble aujourd’hui mais j’ai toujours un soutien précieux dans ce domaine: mon amoureux. C’est un élément très important car cela me permet de donner de l’air à ma créativité. Sans cette donnée, j’aurais manqué de temps et de ressources pour ce qui me passionnait vraiment et je me serais peut-être démotivée. J’ai conscience de la chance que j’ai eu d’être entourée de cerveaux matheux… Même si c’est mon instinct qui a toujours été le moteur, et pas l’inverse. Je crois que c’est la grande différence entre l’entreprendrait plus « business » et l’artisanat. Dans mon parcours, le moteur, c’est le cœur.

« Me lancer en tant qu’indépendante complémentaire, avec un véritable salaire dans la poche, a été une belle occasion. »

Au fil du temps et des ventes, j’ai commencé à grappiller des jours dans mon temps plein. Jusqu’au moment où mon projet a pris tellement de place que j’ai pu lâcher mon « vrai » travail. Il y a eu un moment clé qui a amorcé cette transition. J’ai demandé un crédit temps à ma rédactrice en chef pour pouvoir partir étudier la bijouterie à l’étranger. J’ai engagé ma toute première recrue pour fabriquer mes créations en mon absence et hop, je suis partie 4 mois me former dans une école de bijouterie qui proposait des programmes de formations intensives (Alchimia, à Florence, en Italie). J’en avais vraiment besoin. Jusque là, j’avais tout appris seule et j’arrivais au bout de mes limites. Je rêvais de pouvoir créer des bijoux plus précieux et plus durables, en argent ou en or. J’avais envie de pouvoir souder, scier, polir, sertir, pour proposer des bijoux de qualité totalement alignés avec mes valeurs. Je ne voulais plus la moindre limite à ma créativité…

Tiroir de Lou - L'atelier
Crédit photo: Atelier Préface.

Là-bas, j’ai fait l’expérience de ce que l’on appelle « le feu sacré ». J’étais totalement fascinée par tout ce que j’apprenais. J’étais la première à arriver au cours et j’étais souvent la dernière à quitter la classe. La nuit, j’avais un mal fou à trouver le sommeil. J’étais en totale ébullition. Ça a été le plus bel été de ma vie. À tel point que le retour en Belgique a été très compliqué. Je n’arrivais plus à m’impliquer au sein de ma rédaction. Écrire des articles me demandait beaucoup plus d’énergie. Trop d’énergie. C’était avant tout le signe que je n’en avais plus envie. J’avais goûté à autre chose. J’avais découvert ce que je voulais réellement faire de ma vie: créer de la magie. M’inventer un métier. Rêver. Jouer. Être libre !

« J’avais découvert ce que je voulais réellement faire de ma vie: créer de la magie. M’inventer un métier. Rêver. Jouer. Être libre ! » 

À mon retour, au fil des mois, j’ai senti mon feu ardent s’éteindre. J’étais totalement perdue. J’avais besoin de me consacrer à ce rêve qui s’impatientait. J’avais goûté à la magie de la vie, la vraie. Et à la fois, j’étais polluée par des dizaines de peurs. Et si je me plantais? Si je n’y arrivais pas? Si je ne savais plus payer mon loyer? J’avais peur de tout, y compris du bonheur. Et par-dessus le marché, je manquais totalement de confiance en moi. Un peu paralysée, je n’ai pas été capable de prendre une décision à temps et mon corps a parlé pour moi. J’étais épuisée de fonctionner à contre-courant de ce que mon cœur voulait. De mener de front, avec un perfectionnisme maladif, deux projets créatifs. Et, cela va souvent de paire, de vieilles blessures se sont aussi éveillées en moi. On appelle cela un « burn out ». Pour moi, comme pour beaucoup, cette crise allait bien au-delà d’un « trop plein » professionnel. J’étais invitée à aller à la rencontre de moi-même. De ce qui entravait mon âme. De ce qui grignotait mon amour propre. 

« À travers ce burn out, j’étais invitée à aller à la rencontre de moi-même. De ce qui entravait mon âme. De ce qui grignotait mon amour propre. » 

C’est en plein milieu de cette tempête que mon métier de journaliste s’est arrêté. J’étais aussi soulagée que tétanisée. C’est alors que j’ai commencé le plus beau voyage initiatique de ma vie. Au sein de Tiroir de Lou, dans mon couple, dans mes amitiés. Je suis allée à la rencontre de la « vraie » moi. Celle à qui je n’avais jamais osé faire assez de place. J’ai découvert la femme que je n’osais pas être. La femme douce et sensible que je cachais derrière les douze couches de mon armure. La femme puissante aussi, qui aime se battre pour ce en quoi elle croit: la douceur, la planète, le vivant, les droits humains, la place des femmes sur terre, etc.

Entreprenariat - Tiroir de Lou
Crédit photo: Atelier Préface.

Petit à petit, malgré ce tsunami intérieur – peut-être même grâce à lui – j’ai trouvé le courage de construire l’entreprise de mes rêves. Aujourd’hui, je crée des bijoux depuis près de vingt ans et Tiroir de Lou vient de fêter ses huit ans. J’ai pu installer mon rêve dans un magnifique atelier près de chez moi, à Bruxelles. Mon équipe compte huit belles âmes, toutes portées par les mêmes valeurs et l’envie de faire rêver. Je suis fière d’avoir mis sur pied une marque éthique, mais aussi une entreprise libérée, qui fonctionne selon les principes humanistes d’un management bienveillant à la scandinave. Je suis aussi très heureuse de m’être créé un métier sur mesure, en accord avec mes valeurs. De pouvoir fabriquer les bijoux dont je rêvais, petits objets subtils porteurs de sens. J’ai la chance de faire ce que j’aime, dans la bienveillance la plus totale. Je crée des bijoux, j’écris, je filme, je photographie… ma créativité n’a plus aucune limite. Et surtout, j’ose m’exprimer à cœur ouvert, assumer pleinement ma belle sensibilité. Et je crois qu’elle est là, ma plus grande source de joie. Ma plus belle victoire !

« Je suis aussi très heureuse de m’être créé un métier sur mesure, en accord avec mes valeurs. De pouvoir créer les bijoux dont je rêvais, petits objets subtils porteurs de sens. »

L’entreprenariat n’a rien d’un long fleuve tranquille. Il y a autant d’instants de joie que de moments d’inconfort sur ce chemin. Mais c’est comme dans la vie: il n’y a pas de lumière sans ombre. C’est peut-être le plus grand enseignement que j’ai reçu depuis le début de cette incroyable aventure ! Si ces mots vous réconfortent, (r)allument votre feu sacré, s’ils résonnent en vous et vous guident, alors je suis la plus heureuse. Croyez en vous et en ce qui vous passionne, la vie fera le reste. Promis !

Mes 6 clés pour les créatifs qui s’apprêtent à se lancer : 

  • Entourez-vous / D’un coach, d’un compagnon bienveillant, de votre famille, d’amis capables de comprendre votre nouvelle réalité, d’entrepreneurs, peut-être même d’un associé motivé. Et qui sait, un jour, d’une équipe qui partage les mêmes valeurs que vous.
  • Écoutez votre instinct / Les projections, les tableaux excel, les graphiques, c’est essentiel. Mais ce n’est pas la seule chose qui doit vous guider. Votre instinct va vous parler tout au long de votre projet. Il s’exprimera surtout au travers d’élans, d’enthousiasme, d’éclats de joie. Suivez le flow de ces grands moments de fluidité, ce sont eux qui vous indiquent que vous êtes sur la bonne voie. 
  • Réservez-vous des instants créatifs / Votre créativité est votre trésor le plus précieux. Prenez-en grand soin ! Quand on transforme nos talents en projet professionnel, on a tous tendance à noyer notre créativité dans de l’opérationnel. Ne délaissez jamais votre feu sacré s’éteindre. 
  • Fixez-vous des limites / Quand on est passionné, on a parfois tendance à se négliger. Souvent, on oublie de manger à midi, on travaille encore un peu dans son lit, on se relève la nuit pour noter une idée, on oublie de boire, on rate un chouette moment entre amis pour boucler quelque chose… Ne l’oubliez pas: votre projet devient une priorité, mais pas votre seule priorité! 
  • Ne vous laissez pas décourager / Ne laissez pas la peur de l’échec vous piloter. Il y aura des moments plus compliqués, des jours plutôt inconfortables. Ils pourraient un jour vous faire baisser les bras. N’oubliez pas que ce sont ces moments-là qui vous font le plus avancer. C’est quand une difficulté se présente que l’on apprend, que l’on grandit. Cela peut sembler bateau mais c’est tellement vrai et tellement riche. 
  • Jouez ! / Créer, c’est ça. C’est décider de faire de la place à notre âme d’enfant. Ne vous prenez pas trop au sérieux et autorisez-vous à kiffer. On associe souvent à tort le mot « travail » à quelque chose de contraignant. Le boulot, c’est aussi et surtout un espace d’auto-réalisation, de plaisir, de joie. Plus vous goûterez au plaisir d’apprendre, de jouer, de grandir, plus votre projet brillera. C’est promis ! 

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